Malawi: l’histoire d’Albert – aller de l’avant
(Giulio D'Ercole/JRS)

Malawi: l’histoire d’Albert – aller de l’avant

Dzaleka, Malawi, 12 avril 2016 –« Albert, tu peux faire de grandes choses, pas seulement pour toi-même, pas seulement pour ta famille, mais pour le monde entier, pour ton pays. Ainsi, tu dois travailler beaucoup ; tu ne dois pas craindre la situation que tu dois affronter ; tu dois aller de l’avant. » C’est ce que ma maman et ma sœur m’ont dit. Elles m’ont appris que l’éducation est très importante, mais la vie avait des plans différents pour moi. Mes rêves ont été interrompus.

Mon nom est Albert, j’ai 24 ans. En 2012, j’ai fui Goma, dans le Congo Oriental, avec mon frère Charles dans ma petite maison où je vis maintenant dans le camp de Dzaleka. Des réfugiés venant de différentes parties d’Afrique viennent ici pour échapper de guerres, de la pauvreté, des persécutions.

Aujourd’hui  je suis un réfugié, mais ma vie était très différente avant.

                                                   

Je suis né dans une bonne famille avec des frères et des sœurs et des parents qui m’ont enseigné à être un homme bon. A Goma je suis allé à l’université pour étudier économie et gestion. Nous avions du terrain fertile, riche en minéraux que j’avais l’intention d’utiliser pour commencer ma propre entreprise, devenir entrepreneur et créer des postes pour les gens de ma communauté.

Tandis que je fréquentais l’université, j’étais aussi volontaire pour m’occuper d’une enquête sur les violations des droits humains dans la région de Goma. J’ai été sélectionné pour faire une enquête sur les droits humains dans la région de Goma. Nous avons envoyé toutes les informations dans un bureau central et un rapport a été publié en novembre 2012. Ensuite, l’ONU et d’autres organisations ont demandé au gouvernement d’amener les auteurs  de ces mauvais traitements.

Après cela, la persécution contre les activistes pour les droits humains et les journalistes ont commencé. Une nuit, des personnes armées ont forcé la porte de notre maison en tirant pour tuer. J’ai réussi à m’enfuir avec mon frère Charles mais trois balles ont atteint mon autre frère et il est mort.

Nous sommes donc partis. Nous sommes allés à Giseny,  juste au-delà de la frontière  ruandaise où un prêtre nous a aidés à atteindre  la capitale Kigali. Mais même là ce n’était pas sûr. Nous sommes donc allés en Tanzanie, et de là, nous sommes finalement arrivés à ce camp au Malawi. Le voyage nous a pris onze jours. J’avais quitté Goma sans chaussures et ce n’est qu’à travers l’aide de braves gens que nous avons atteint la sécurité. Non ayant les papiers voulus, nous avons dû  nous cacher dans des camions, en-dessous des marchandises.

Quand nous sommes arrivés, j’ai compris que ma vie avait complètement changé. Je me suis senti coupable de ce que j’avais fait. Si je n’avais pas dit la vérité sur les mauvais traitements, mon frère serait vivant, ma famille serait ensemble ; je serais avec eux, plutôt que sans savoir où ils sont. En fait, eux aussi ont dû fuir. Je n’ai pas de nouvelles d’eux depuis lors. La seule chose que j’ai de ma mère, c’est sa photo. J’ai trouvé un homme qui a reproduit cette photo dans un dessin qui est sur le mur de mon petit logement dans le camp pour réfugiés de Dzaleka.

                                                      

Les gens dans le monde ne comprennent pas ce par quoi nous devons passer, ce que cela signifie de devoir être confinés, sans liberté, sans travail, sans avenir ; Ils ne nous voient que comme réfugiés. Quelque chose doit être fait pour changer cela. Nous sommes des êtres humains. Nous avons des droits et des espoirs.

Heureusement, j’ai pu emmener mes connaissances avec moi et je me suis toujours rappelé les paroles de mes parents et donc je n’ai jamais abandonné mon désir d’apprendre. Ici, j’ai appris qu’ il n’importe  pas combien vous avez ou n’avez pas. Vous devez trouver des façons de survivre et de regarder de l’avant. On utilise toujours les ressources qu’on a, et on en fait le plus possible.

A Dzaleka, la possibilité d’étudier au programme du Service Jésuite des Réfugiés appelé Jesuit Common : Higher Education on the Margins (JRS.JC :HEM) - un programme en ligne d’enseignement supérieur – a été ma grande opportunité . A l’aide du programme suivi de diplôme JC :HEM, j’ai travaillé à améliorer mes compétences et mes valeurs. J’ai développé  mon sens  critique et mon savoir faire en communications . J’ai ensuite appliqué ces compétences en fondant un centre interculturel appelé Salama  Africa avec d’autres réfugiés, basé sur les besoins que les gens ont ici. C’est en train de devenir une grande organisation connue à niveau national et même au-delà.

                                                      

Mais l’éducation seule n’est pas suffisante. Je crois que les gens doivent aussi apprendre à se respecter et s’ aider les uns les autres. Mon frère et moi avons fait l’expérience des plus grandes duretés de la guerre ; nous savons ce que cela veut dire que d’avoir des problèmes. C’est pour cela que nous avons adopté deux garçons qui avaient été abandonnés par leurs parents. Le plus jeune  a souffert  d’une famille  peu affectueuse et souffre aussi de graves problèmes de santé. Nous sommes fiers et heureux que nous pouvons l’ aider. Ils sont devenus nos plus jeunes frères et maintenant, nous nous sentons de nouveau comme une famille.

Albert, camp pour réfugiés de  Dzaleka, Malawi.

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